Sénégal, les pêcheurs de Dakar

Pour saisir l’âme de Dakar qui consomme 43 kg de poisson par an et par habitant, rien de tel qu’une escapade en ces points névralgiques que sont les plages ou officient les pêcheurs de Dakar. Sur les marché aux poissons se joue également une pièce ininterrompue faite d’allers-retours de pêcheurs, de négociations tarifaires et de promenades de badauds.

Autour du poisson

Il est 18h. Alors que les femmes s’accaparent les bacs de poissons pour les revendre à la criée ou les griller sur place, Moudou Dieye, termine sa journée et hisse sa pirogue sur la plage. A côté de lui, les enfants jouent dans l’eau souillée par la pêche et les déchets rejetés par le canal. Comme chaque jour depuis ses 15 ans, Moudou a passé sa journée à pêcher au large de Dakar, avant de passer le relais aux pêcheurs nocturnes. Ses deux seules journées de congés annuels sont la Korité (Aïd el Fitr) et la Tabaski (Aïd el Kebir).

"Les poissons que nous pêchons sont principalement vendus en Europe" nous explique-t’il, "environ 5 000 francs CFA (7,50 euros) pour le kilo de thiof (mérou). Sur la vente de poissons, nous reversons 25 000 francs CFA (37,50 euros) par jour au propriétaire de la pirogue pour la location et l’essence". Ainsi, Moudou peut espérer gagner entre 5000 et 10 000 francs CFA les bons jours. Parfois, il ne gagne rien car la pêche n’est pas bonne.

Les pêcheurs de Dakar, une économie menacée

A 40 ans, Moudou a bien du recul sur l’activité de la pêche au Sénégal et surtout, à Dakar. Il constate une baisse significative des prises en 10 ans. Issu d’une famille et d’une ethnie de pêcheurs, les Lébous (répartis entre Le Cap et St Louis), il doit naviguer de plus en plus loin pour trouver du poisson.

Fuyant la pollution côtière, les poissons vont de préférence vers le large. C’est justement là que les gros chalutiers et bateaux usines s’activent à vider l’océan ; ce qui rend le travail des Lébous de plus en plus difficile.

Ainsi, Moudou et son frère Elhadj, également pêcheur, ont du s’éloigner de 17 km des côtes aujourd’hui. Pour ne pas se perdre, ils ont toujours leur petit GPS. Quant aux gilets de sauvetage obligatoires, ils les ont perdus... Ils aimeraient changer de métier et s’orienter vers le commerce qui a les faveurs de la nouvelle génération. « Mes enfants vont à l’école et ne veulent pas devenir pêcheurs comme moi. Ils trouvent ce métier trop dur et mal payé » confie Moudou.

Elhadj, trentenaire avec 15 ans de pêche à son actif, a laissé son épouse à Thies et rentre chez lui un jour toutes les deux semaines. "C’est dur, mais il n’y a pas le choix". Il me raconte ses rêves d’Europe et ses deux tentatives pour rejoindre les Iles Canaries en bateau. "La première fois, j’ai été arrêté par les gardes-côtes espagnols. La deuxième fois, à peine arrivé au Maroc, le bateau a eu un problème et ils ont du faire demi-tour. Jamais je n’ai récupéré les 400 000 francs CFA du voyage (600 euros)".

Plusieurs de ses amis sont partis et ne sont jamais revenus. Il suppose qu’ils ont réussi...

Si de Zinquinchor à St Louis, on compte 15 327 pirogues sur 765 km, Dakar n’en compte tout de même pas moins de 1327.

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