Indonésie : à la rencontre des Mentawais...

C'est en 2010, lors de mes recherches sur l'Indonésie que je découvre l'existence des Mentawais. Depuis, l'idée de partir à la rencontre de ce peuple ne m'a jamais vraiment quitté.

Juin 2014 mon souhait devient réalité, avec Morgane nous partons pour une semaine d'immersion dans leur culture.

Crédit photo : M. DEBENATH

Après 12h de ferry, 4h de pirogue et 2h de marche, ponctués de nombreux temps d'attente, nous arrivons enfin chez Théoulépone, le chef de notre première famille d'accueil. Il vit dans une Uma, maison traditionnelle, avec sa femme et ses cinq enfants ainsi que ses deux frères et leurs familles. Au total, une quinzaine de personnes animent cette demeure isolée dans la jungle. Durant deux jours, l'homme-fleur partage avec nous son quotidien qui s'articule autour de la chasse, la cueillette, l'extraction de sagou et la pêche.

La seconde famille dans laquelle nous nous rendons est celle de "Cookie", un vieil homme vivant avec sa femme et ses petits-enfants. Une trentaine d'adultes et une ribambelle d'enfants vivent au sein de cette uma beaucoup plus grande. Difficile de déceler les différents liens de parenté de tout ce petit monde. Nombreux sont les voisins alentours (de la même famille ?) qui viennent voir les Perancis (Français) !

Les Mentawais

Les Mentawais vivent sur l’île de Siberut, à 150 kilomètres des côtes de Sumatra en Indonésie.

Le surnom d’hommes-fleurs leur vient de cette façon singulière qu'ils ont de se parer de fleurs de la jungle. Ainsi, ils souhaitent que leurs corps plaisent à leurs âmes.

Traditionnellement, ils étaient uniquement vêtus d'une culotte en écorce d'arbre pour les hommes et d'un pagne en feuilles de bananier pour les femmes. Lors des cérémonies ou des fêtes, ils se confectionnaient des couronnes, des colliers et des bracelets aux couleurs vives.

Leurs grandes maisons communautaires, les fameuses Umas, sont disséminées dans la jungle.

Lieu important dans la culture mentawaï, ces demeures représentent le siège social et religieux de toute la communauté. Les cérémonies d’initiation et les rituels de chasse sont célébrés en cet endroit. Entourées de plus petites maisons accueillant une dizaine de familles, l'ensemble constitue une tribu. Environnés de plantations et de cultures, tout ceci constitue un village.

Les familles les plus riches possèdent du bétail, notamment des porcs et de la volaille. Consommés lors des cérémonies, ils servent surtout de monnaie d’échange (mariage).

Le principal ingrédient de l’alimentation des Mentawais est le sagou. Cette fécule issue d’un palmier, le sagoutier, est extraite via un long processus. Les femmes pratiquent la pêche tandis que la chasse est réservée aux hommes.

De culture animiste, les crânes des animaux chassés sont ornés de végétaux et trônent dans les umas. Cette tradition est une demande de pardon qui s'adresse aux animaux après leur avoir ôté la vie, mais aussi aux esprits de la forêt afin de ne pas subir de malédictions.

Les Mentawais procèdent à un rituel avant la mise à mort de l'animal. Les prières expliquent l'acte à la bête et sont les prémices de la demande de pardon.

Chaque être vivant a une âme et doit donc être respecté afin de maintenir l'équilibre de la nature, l’Homme n’en est qu’un élément.

La chasse s’effectue à l'aide d'un arc et de flèches. Celles-ci sont enduites d’un puissant poison constitué de piments, de gingembre et de racines. Pris séparément, ces ingrédients ne sont pas nocifs mais une fois mélangés, leur toxicité mortelle se révèle. Le poison peut tuer un sanglier en cinq minutes.

Le mélange n'ai jamais réalisé devant les enfants qui connaissent les plantes utilisées et pourraient courir un grave danger en voulant s'initier à la confection.

Les chamanes connaissent les nombreux secrets des plantes issues de la forêt. Leur rôle de guérisseur est essentiel. Durant le cérémonial de guérison, les chamanes invoquent les esprits de la nature mais également la bienveillance des aïeux.

Les Mentawais pratiquent l’art du tatouage. Réalisés sur tout le corps, leurs significations sont bien spécifiques. Ils empêcheraient l’âme du porteur de s’en aller. Autrefois, ils incarnaient aussi l'acte criminel et étaient destinés à effrayer leurs adversaires. De nos jours, les tatouages symbolisent la richesse.

Auparavant, pour plus de coquetterie les femmes se faisaient tailler les dents en pointes.

Dès 1950, sous couvert de modernisation du pays, le gouvernement incite les Mentawais à se sédentariser. En 1995 leur mode de vie traditionnel se voit complètement bouleversé, ils sont contraints à quitter la forêt pour s'installer dans des villages gouvernementaux constitués de maisons individuelles.

La police effectue des contrôles réguliers dans les villages. Malgré tout quelques Mentawais perpétuent la culture de leurs ancêtres et vivent toujours dans la jungle.

La majeure partie des habitants de Siberut vit parquée dans ces baraquements. Ils ont également été priés de se convertir à l'une des 4 religions officielles de l'Indonésie, sachant que l'islam en est la principale, et ont dû adopter un code vestimentaire occidental. Désormais les tatouages, la taille des dents et la nudité sont interdits.

Les enfants vont à l’école, les adultes travaillent et la plupart d'entre eux ont opté pour la religion musulmane.

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